Le système Stout

Surnommée « La Reine du paillis », Ruth Stout est née au États-Unis en 1884. Dès 1920, elle se rend compte que tout le travail traditionnel du sol (bêcher, désherber, arroser, labourer, biner, ..) peut être remplacé par l’application d’une couche de foin. Cette approche particulière l’amena entre 1953 et 1971 à tenir une chronique dans le magazine Organic Gardening & Farming. Elle publia également plusieurs livres.

Stout met beaucoup l’emphase sur la simplicité de sa méthodes et du repos qu’elle auquel elle s’adonne grâce au temps libre quelle en retire. On le constate bien avec des titres comme Gardening Without Work (Jardiner sans travail), I’ve Always Done It My Way (Je l’ai toujours fait à ma façon) ou encore How to Have a Green Thumb Without an Aching Back (Comment avoir le pouce vert sans avoir un mal de dos). Suivant les résultats fascinants qu’elle obtenait, elle n’hésitait pas à contester les principes traditionnelles de jardinage. Néanmoins, elle se faisait un devoir de ne parler que par expérience, seulement des choses qu’elle a elle-même observées. Malheureusement la majorité de ses ouvrages s’avèrent désormais indisponibles, sinon quelques exemplaires usagers.

Description de sa méthode

Très simplement, sa méthode consiste à garder en permanence un épais mulch de foin sur le sol. En fait, elle se résume également à « la loi du moindre effort », soit de laisser la nature travailler pour nous et de cesser d’intervenir inutilement.

Ruth Stout n’a pas inventé la technique du paillis/mulch (la nature le fait depuis des millions d’années !), mais il semble qu’elle fut la première à écrire sur le sujet. Elle a aussi influencée différentes personnes, dont la française Émilia Hazelip qui développa l’approche des jardins synergétiques (jardin autofertile au Québec).

Équipement requis

Aucun ! Seulement nos deux mais ! Sinon, une truelle, une fourche-bêche et une houe peuvent parfois être utiles.

Intrants utilisés

Du côté du matériel qu’elle doit se procurer pour cultiver, Stout prend de l’extérieur du foin pour le mulch. On n’en a jamais assez ! Et il est bon d’en avoir en réserve. Tout ce qui pourrit peut aussi être utilisé comme mulch : du vieux foin, paille, aiguille de pin, des tiges de maïs, des rognures de gazon, des algues... Toutefois, c’est le foin qui apporte les meilleurs résultats.

À l’occasion, elle achetait de la farine de graines de coton ou de soja comme complément de fertilisation. Elle en épandait environ 5 livres par 100 pied carré. Toutefois, elle écrit qu’elle cesserait d’en utiliser si ce n’était de la venue de nombreux visiteurs dans ses jardins et qu’elle veut s’assurer de la beauté de son jardin.

Enfin, elle achète des semences de fruits et légumes.

Démarrage d’un jardin

Pour Stout, la meilleure période pour démarrer un tel jardin est l’année dernière ! En fait, plus les années passent, plus le sol s’améliore et plus il devient fertile. Elle estime que les véritables résultats commencent après quelques années. Sinon, à la fréquente question de ses lecteurs « Quand devrais-je commencer à mulch ? » elle répond « Maintenant ! ».

De manière plus précise, Stout recommande de démarrer le jardin l’été ou l’automne. Trop tôt au printemps, le sol est encore froid, alors le mulch aurait tendance à isolé et empêcher le sol de se réchauffer. Si on couvre le sol à l’automne avec 8 pouces de foin, il sera prêt pour le semis au printemps.

À la question « combien de foin cela prend-il ? », Stout répond : « Deux fois plus que vous ne le pensez ! » Concrètement, elle conseille une épaisseur de 8 pouces. Cela peut paraître épais, mais sous l’effet de la pluie et de la décomposition, il atteint rapidement 2 à 3 pouces d’épais.

Dans le cas de la conversion d’un jardin traditionnel vers un jardin à la Ruth Stout, elle recommande d’implanter le jardin de manière habituelle, puis d’ajouter le mulch.

Entre les rangs de culture, elle conseille de mettre des feuilles d’arbres.

Adaptation au sol

Pour Ruth Stout, le type de sol n’a que peu d’importance. Même s’il est acide, elle ne fait rien de particulier. Quant aux sols rocailleux, elle les considère très bon. Les sols en pentes profitent particulièrement bien avec du mulch, car celui-ci protège contre l’érosion et le lessivage.

Implantation des cultures

Pour la profondeur, il suffit que les graines soient en contact avec le sol. Quant à l’espacement entre les graines, ce sont les mêmes indications que pour les méthodes traditionnelles. Toutefois, avec le temps, elle dit que les plants pourront être plus rapprochés. La transplantation se fait avec une truelle ou une petite pelle à jardinage.

Quelques exemples de cultures

Oignons
L’utilisation d’oignonnets est et le plus facile.

Asperges
Pas besoin de faire de tranchée, on les met en contact avec le sol puis on recouvre de mulch. La récolte se fait en cassant les tiges, et non au couteau. Ainsi la tige se brisera à la hauteur où elle est suffisamment cassante pour être comestible. Couvrir de 8 pouces de foin pour les protéger contre l’hiver.

Fraises
Transplanter au printemps avec un espacement de 1 pied entre chaque plant. On peut en planter jusqu’à 200 plants par heure.

Pommes de terre
Semer de petits tubercules entiers sur le mulch de l’année précédente puis couvrir de 6-8 pouces de foin. Espacer les pommes de terre de 14 pouces. Dans la région où elle habitait (Connecticut, États-Unis), elle peut le faire à l’automne. Après la floraison, les tubercules devrait avoir environ 1 à 2 pouces de diamètre. Son cultivar préféré pour la récolte de jeunes pommes de terre est Irish Cobbler. Pour la récolte à maturité, il mieux vaut attendre que les plants soient secs.

Maïs
Pour le semis, simplement pousser la graine dans le sol à travers le mulch. On peut s’aider d’une corde pour délimiter le rang. Les grains sont espacées de 6 pouces. Elle recommande les cultivars North Star, Golden Beauty et Golden Bantam.

Elle constate des récoltes bien au dessus de la moyenne. Avec 5 rangs de 25 plants chacun, elle récolte quinze douzaines. Après la récolte, on écrase les tiges et on couvre de foin. Au printemps, on peut transplanter ou semer là sans problème. Et Stout mentionne que les résultats sont d’ailleurs étonnants.

Quant aux ravageurs, elle a installée une clôture contre les ratons laveurs pour les empêcher de manger les épis. Contre les corneilles qui arrachent les jeunes poussent et recherches des graines tendres, le mulch donne une heureuse longueur d’avance. La pyrale du maïs fait un trou sous la croix au sommet du plant, puis migre à travers la tige jusqu’à l’épi. Il faut donc inspecter les croix et retirer les pyrales si on en trouve.

Dans son livre No-Work Garden, le co-auteur de Ruth Stout, Richard Clemence, propose une rotation fraise, maïs sucré et pomme de terre, soit trois cultures productives, facile à implanter avec le système Stout et pouvant apporter un revenu grâce à la vente de ces aliments très appréciés et populaires.

Pour l’hiver, Stout recommande la culture de plantes résistantes comme le Kale que l’on peut récolter même s’il y a de la neige, ou encore le panais que l’on peut laisser en terre tout l’hiver puis récolter au printemps. Pour les aider à passer l’hiver, on les recouvre de foin.

Stout invite aussi à cultiver des courges (ex. Buttercup et Blue Hubbard) puisqu’elles se conservent très bien en hiver. Elle propose aussi diverses cultures pouvant être mangée crues. Entre autres : les oignons espagnols Sweet Spanish, le maïs sucrés, les membres de la famille du chou (chou, radis, brocoli, chou-fleur), les haricots, les pois verts, les jeunes gousses de soja, les carottes, les panais, les poivrons et les tomates.

La conservation des semences

Stout recommande deux choses. D’abord, elle recommande de s’approvisionner chez un bon producteur de semence. Cela permet de le supporter dans son entreprise. De plus, celui-ci étant spécialisé dans la production de semences, alors il serait ambitieux de penser pouvoir faire mieux. Pourtant, elle recommande en même temps aux jardiniers d’utiliser leurs semences. L’idée est d’utiliser la technique des « volontaires », soit de laisser un beau plant ou un beau fruit sur place afin qu’il repousse le printemps suivant. Elle a toutefois l’habitude de déplacer le fruit à l’endroit où elle aimerait qu’il pousse la saison suivante.

Les tâches à réaliser

Au printemps

  • Ajouter du foin lorsqu’il n’y en a plus suffisamment.
  • Faire les semis et les transplantations.
  • Récolter ce qui repoussent de la saison précédente.

En été

  • Tuteurer les plantes grimpantes (ex. haricots grimpants) ou pour les plantes ne pouvant se tenir debout toutes seules (ex. tomates)..
  • Le désherbage consiste à coucher la plante et à la recouvrir de foin.
  • Ajouter du foin lorsqu’il n’y en a plus suffisamment.
  • Pour les choux, Stout lutte contre les chenilles (piérides) à l’aide de sel.
  • Récolter

À l’automne

  • Récolter
  • Implanter des cultures comme l’ail
  • On laisse tout sur place. Aucune plante n’est arrachée. Il suffit de tout couvrir avec du foin.

Avantages du système Stout

  • Facile réaliser
  • Facile à comprendre
  • Aucune machinerie requise
  • Peu d’intrants, sinon le foin et les semences
  • Tout retourne à la terre
  • Le mulch retient l’humidité ce qui élimine les besoins en eau
  • Permet d’obtenir de bons résultats
  • Et surtout, peu laborieux !

En effet moins de temps et moins d’efforts physiques sont requis car :

  • Pas de labour
  • Pas de bêchage
  • Pas de couvert végétale à planter
  • Pas d’hersage
  • Pas de désherbage
  • Pas d’arrosage
  • Pas de vaporisation
  • Pas de compost à faire

Commentaires et critiques

Stout avoue que son système requiert beaucoup de matière organique et qu’il est davantage adapté aux petites surfaces. De plus, l’aspect visuel contraste avec les méthodes habituelles et peut déplaire à certaines personnes. Enfin, bien que Stout ne le mentionne pas, pour créer un véritable écosystème et ainsi accroître l’autonomie du jardin au niveau résistances face aux ravageurs, on pourrait envisager l’ajout d’un étang et d’arbres.

À la critique de la présence de graines de mauvaises herbes dans le foin, voici quelques réponses :
- Lorsqu’on utilise du foin, la mieux est d’adopter le non travail du sol. Par conséquent, si le foin contient des graines et que nous continuons à ajouter du foin au foin et à mesure qu’il se décompose, les graines se feront enterrées et ne germeront pas.
- C’est généralement quand on travaille le sol que nous remontons des graines à la surface, ce qui favorise leur germination.
- Si on voit des mauvaises herbes germer et pousser, tout ce qu’on a à faire est de les arracher. (Ruth Stout qui était une jardinière 100% foin ne faisait que recouvrir les mauvaises herbes avec plus de foin...)
- Si une personne est inquiète, elle peut laisser le foin à l’extérieur du jardin quelques mois pour amorcer la décomposition avant de l’ajouter dans le jardin.

Systèmes semblables

  • Jardins auto-fertiles
  • Permaculture
  • Hans-Peter Rusch
  • Kurt Kretschman

Livres de Ruth Stout

  • Gardening Without Work (September 1, 1974)
  • Gardening Without Work : For the Aging, the Busy, and the Indolent (May 22, 2002)
  • I’ve Always Done It My Way
  • Don’t Forget to Smile or How to Stay Sane and Fit over Ninety
  • How to Have a Green Thumb Without an Aching Back : A New Method of Mulch Gardening by Ruth Stout (Author), Leta Macleod Brunckhorst (Author) (Paperback - February 1, 1990)

11 mai 2013
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