Les trois éthiques de la permaculture
La permaculture est guidée par trois grands principes éthiques :
Prendre soin de la terre: Le soin de la terre est primordial, car la terre fournit les éléments essentiels à la vie de tous les organismes biologiques. La santé de la terre – l’air, l’eau, le sol – se reflète dans la santé de toutes les plantes et de tous les animaux (humains et non humains).
Prendre soin des gens: La permaculture inclut le soin des êtres humains, afin de s’assurer qu’ils peuvent satisfaire leurs besoins de base d’une manière qui respecte le principe de la protection de la terre. Nous nous éloignons d’une société basée sur la richesse matérielle individuelle et nous nous rapprochons d’une société basée sur des valeurs d’autonomisation, de coopération et de communauté.
Partager équitablement et limiter la consommation: La permaculture envisage un partage et une distribution équitables des ressources mondiales, tout en reconnaissant la nature limitée des ressources et la nécessité de limiter la consommation et de freiner la croissance démographique. En adoptant un mode de vie simple et en limitant notre utilisation des ressources, les excédents peuvent être réorientés vers l’éthique de la protection de la terre et de l’homme.
Introduction à la permaculture
La permaculture elle-même n’est pas une technique agricole spécifique, mais plutôt un état d’esprit et une approche de l’agriculture, associés à un ensemble de principes directeurs destinés à aider les gens à mettre ces idées en pratique.
La permaculture est axée sur la conception, soit la création de plans réfléchits et intelligents pour des systèmes soutenables. Les premiers outils des permaculteurs-rices sont leur esprit, leurs yeux et leurs crayons : les pelles et les semences viennent plus tard. Lorsqu’elle est mise en pratique, la permaculture emprunte à la richesse existante des approches agricoles soutenables, intégrant souvent des techniques telles que non-travail du sol et les forêts nourricières.
La permaculture s’efforce d’accroître l’efficacité grâce à une planification et une conception minutieuses, en remédiant aux lacunes de l’agriculture intensive en main-d’œuvre ou à forte consommation de combustibles fossiles. L’agriculture industrielle moderne, qui repose sur les tracteurs et le travail du sol, donne une fausse impression d’efficacité en mettant des aliments bon marché dans nos assiettes tout au long de l’année ; ce système dépend des combustibles fossiles, dont il brûle souvent beaucoup plus de calories qu’il n’en rapporte à la production alimentaire. Les engrais, les pesticides et la main-d’œuvre de l’agriculture industrielle sont fournis par des sources d’énergie non renouvelables, tout en polluant l’eau et en endommageant le sol. Le travail de la terre à la main est beaucoup plus efficace sur le plan énergétique, même si la plupart des individus préfèrent éviter les longues et pénibles heures de travail, ce qui est compréhensible. Avec la permaculture, on cherche à concevoir des systèmes indépendants des combustibles fossiles, tout en étant simples et efficaces à maintenir à long terme. L’agriculture industrielle utilise principalement des combustibles fossiles ; l’agriculture préindustrielle utilise principalement le travail humain ; la permaculture utilise principalement une réflexion et une planification approfondies.
La première étape de la permaculture est l’observation. Cela comprend l’observation des écosystèmes naturels, ainsi que l’observation du terrain sur lequel nous souhaitons pratiquer la permaculture. L’observation des écosystèmes naturels nous permet de découvrir les interconnexions positives entre les éléments d’un système complexe. Par exemple, un arbre fleurit, fournissant de la nourriture aux abeilles qui le pollinisent ; cela permet à l’arbre de fructifier, fournissant de la nourriture aux animaux qui répandent les graines ; un nouvel arbre pousse à partir de la graine, fournissant un habitat aux oiseaux ; à l’automne, l’arbre perd ses feuilles, paillant le sol sous-jacent.
Un écosystème présente des milliers d’interrelations entre les différents éléments, contribuant à un système stable avec une multitude d’avantages. C’est tout le contraire des monocultures qui dominent l’agriculture moderne, qui ne produisent qu’une fois par an et sont susceptibles d’être anéanties par un simple virus ou par le gel. En permaculture, on imite les interrelations que l’on trouve dans les écosystèmes en cherchant à maximiser les interconnexions positives entre les éléments du système.
L’observation de la terre où vous avez l’intention de pratiquer la permaculture est également essentielle. Se renseigner sur la température du terrain, les changements saisonniers, les types de sol, la contamination environnementale, les creux et les sillons, les microclimats, les zones sèches, les zones humides, les points chauds et froids et l’exposition au soleil tout au long de l’année, vous aidera à concevoir un plan adapté à chaque environnement. Planter des plantes qui aiment la chaleur dans une zone froide ou des myrtilliers dans un sol alcalin ne peut qu’aboutir à des résultats décevants. Les designs peuvent être modifiés au fur et à mesure que nous améliorons notre connaissance du terrain, mais une bonne conception dès le départ est plus efficace et plus fructueuse que la correction d’erreurs ultérieures. Dans la mesure du possible, il est recommandé d’observer la terre pendant une année entière avant de mettre en œuvre un projet de permaculture. Pour les fermes et les jardins déjà établis, envisagez de repenser le fonctionnement de la ferme ou du jardin : une approche intelligente de la reconception peut apporter plus de bénéfices à long terme que la simple amélioration de l’efficacité du système actuel.
En permaculture, les intrants et les extrants sont réduits au minimum. La fertilité est maintenue sur place si possible, et la « pollution » et les « déchets » n’existent pas. Chaque déchet est réévalué en tant que ressource ayant un rôle à jouer dans le système. Les déchets alimentaires deviennent du compost, les feuilles du paillis et, idéalement, les déchets corporels humains peuvent également être utilisés comme une ressource plutôt que comme une source de pollution.
Dans la pratique, la permaculture tend à se concentrer sur les plantes vivaces, car celles-ci peuvent se maintenir année après année avec relativement peu d’entretien. Les plantes vivaces présentent d’autres avantages comme le fait de produire un paillis, absorber l’eau et les nutriments grâce à leurs racines profondes, fournir des habitats pour les animaux, en plus de séquestrer du carbone.
En permaculture, la diversité est très appréciée, car elle tend à augmenter le nombre de relations bénéfiques et l’autosuffisance d’un système (créant ainsi un système plus écologique tout en réduisant l’intervention et le travail de l’homme). La « lisière » est également valorisée, car il y a généralement plus d’activité à la limite entre deux paysages, par exemple entre une forêt et une prairie ou entre un étang et un champ. Ce sont des zones intermédiaires où de nombreuses espèces prospèrent.
La permaculture a été développée par les Australiens David Holmgren et Bill Mollison dans les années 1970 et s’inspire des pratiques et des connaissances des cultures indigènes et des mouvements d’agriculture soutenable. Aujourd’hui enseignés dans le monde entier, la théorie et les principes de la permaculture peuvent être appliqués à l’échelle d’une maison, d’une ferme, d’un éco-village, d’une communauté ou d’une ville. Le
Compatibilité avec l’approche véganique
La permaculture et l’agriculture véganique sont parfaitement compatibles. Ni la permaculture ni le véganique ne sont des « techniques » spécifiques : tous deux sont fondés sur une éthique et des principes, et la permaculture véganique implique la fusion de ces deux éthiques.
Les ouvrages sur la permaculture mentionnent souvent le rôle des animaux en tant qu’éléments des écosystèmes naturels et en tant qu’éléments des systèmes permaculturaux. Les ouvrages sur la permaculture parlent souvent de l’ajout d’animaux domestiques au système, comme les poules. Dans la permaculture véganique, le rôle des animaux en tant qu’éléments de l’écosystème et du système de permaculture est toujours considéré et valorisé, mais sous la forme d’animaux vivant en liberté, et non sous la forme d’animaux domestiqués.
De nombreux animaux domestiques ne sont pas indigène à la région et ne sont donc pas nécessairement adaptés à des climats inhabituels, comme les poules d’origine subtropicale qui passent l’hiver en Amérique du Nord. En outre, la présence d’animaux domestiques entraine l’utilisation de ressources – nourriture, pâturages, abris – qui pourraient plutôt servir à préserver des espèces végétales indigènes.
Les systèmes de permaculture véganique peuvent être conçus en tenant compte des animaux vivant en liberté, afin de s’assurer que les habitats et les sources de nourriture sont disponibles pour les animaux qui vivent naturellement dans la région. L’ajout de points d’eau, de haies, d’arbres, d’arbustes, de nichoirs à chauves-souris, de cabanes d’oiseaux, de tas de pierres et de buches pour les serpents, de fleurs pour les pollinisateurs, d’herbes et de baies peut favoriser la présence d’animaux sauvages. La majorité des espèces animales sont bénéfiques à la production alimentaire, et l’établissement d’une gamme diversifiée d’espèces animales tend à conduire à un meilleur équilibre et à une plus grande stabilité. Veiller à ce qu’il y ait des habitats et des sources de nourriture pour les animaux vivant en liberté peut également être considéré comme une extension de l’éthique du « partage équitable » de la permaculture, en partageant ouvertement les ressources avec les animaux locaux.
Dans tous les systèmes de permaculture, qu’ils soient véganiques ou non, il est important de laisser certaines zones de la terre vierges de toute activité humaine, car cela permet aux écosystèmes naturels de se régénérer et de continuer à fonctionner, à l’abri des perturbations. La protection des zones clés, telles que les marais, les forêts, les sources d’eau, les voies de migration et les zones de reproduction, est essentielle à la continuité et à la prospérité des autres espèces, ainsi qu’à la protection de vastes zones permettant aux animaux de mener leur vie quotidienne. En permaculture, en essayant de répondre aux besoins humains d’une manière qui soit en accord avec les besoins de la terre, nous pouvons travailler à rectifier certains des dommages passés causés aux animaux et aux écosystèmes, et créer un espace pour la régénération.
Ressources sur la permaculture véganique
Base de données des plantes
Plants for a Future (des plantes pour un avenir): Ken Fern, cultivateur véganique, a créé une base de données contenant des informations détaillées sur plus de 7000 types de plantes comestibles ou utiles : www.pfaf.org
Livres
Permaculture : Une brère introduction (Permaculture : A Beginner’s Guide)) – écrit par le permaculteur véganique Graham Burnett (traduit et adapté en français par Stéphane Groleau), ce livre court et accessible contient des illustrations éclairantes des principes de la permaculture et des interconnexions dans les systèmes complexes.
The Vegan Book of Permaculture (Le livre véganique de la permaculture) – écrit par le permaculteur véganique Graham Burnett, associant des conseils pratiques de permaculture à un livre de cuisine végane.
The Vegan Cook and Gardener (La cuisine et le jardinage véganiques) – écrit par Piers Warren et Ella Bee Glendining, ce livre se concentre sur les recettes véganes, le stockage des récoltes et le jardinage, avec une perspective sous-jacente de permaculture.
Cours
Cours en ligne – Learn Veganic – Un cours en ligne (en anglais) de 14 heures sur le jardinage véganique avec un accent particulier sur la permaculture, enseigné par Meghan Kelly et Stéphane Groleau du Réseau d’agriculture véganique.
Canada – The Living Centre – Un cours (en anglais) de design en permaculture de 72 heures offert près de London, Ontario, au Living Centre avec les animatrices Shantree Kacera et Lorenna Bousquet-Kacera. Le Living Centre est un sanctuaire d’éducation éco-spirituelle qui pratique la permaculture véganique et le jardinage en forêt depuis les années 1980 (voir leur profil!).
En ligne et international – Graham Burnett – Le permaculteur véganique Graham Burnett (auteur de Permaculture : A Beginner’s Guide) propose des cours de design en permaculture d’une durée de 72 heures en ligne, en divers endroits du Royaume-Uni et, occasionnellement, aux États-Unis.
En ligne et international – Roots n Permaculture – Rakesh propose des cours de design en permaculture véganique de 72 heures, des cours d’introduction et des cours de formation des enseignants.
